Archives de la catégorie Demain du style
Exercice de style
Posté par Yann dans Demain du style le 16 avril 2009
« Je ne te fais pas trop mal ? Tu me le dis sinon. » Le garçon à peine pubère opine de la tête, ses yeux clairs à demi-clos. Le souffle chaud de Patricia se promène sur sa nuque, s’insinue dans le pavillon de son oreille, court sur sa joue, atteint ses lèvres. Il transpire, mal à l’aise dans un peignoir de soie noire trop grand pour lui.
Du coin de l’œil, Maxime observe le corps nu dans la large glace fixée au mur. Il peine à dégager son regard de ses seins lourds, des hanches cambrées qui perforent la lumière tamisée. Lire la suite »
Les ferrovipathes
Posté par Gabriel Moraine dans Demain du style le 17 mars 2009
Cours d’apprentissage du style avec HK.
- Avec qui donc ?
Les amateurs d’armes à feu, qui constituent le gros de notre lectorat, penseront illico au HK 416. Que ceux-ci soient rassurés ! Votre rigidité d’esprit à concevoir le monde sous forme de bons, de méchants et de barillets ne vous a pas complètement conduit hors-sujet. Citation : « Votre prose doit être une balle. Il lui faut une détonation, une trajectoire, un impact. » En somme, soyez prêts à devenir des moudjahidines du style.
Pour l’autre partie de notre lectorat, celle pour laquelle j’ai du mal à cacher mon affection, qu’elle soit aussi rassurée. Notre homme n’a de militaire que ses initiales, et peut-être le tac-tac de son débit enjoué. Prenez votre mal en patience, et il vous sera livré quelques indices permettant de reconstituer son identité, au fur et à mesure de notre ascension vers les sommets de l’expression.
Pour l’heure, tenons nous en à l’analyse de son influence sur notre histoire personnelle.
Avant HK :
« Après les cinq minutes de retard caractéristiques du réseau ferré français, le train quitta la gare, lentement mais surement. Je m’installais confortablement dans mon siège réservé deux mois plus tôt sur Internet, mais pas avant d’avoir fait un tour voiture 14, où j’achetai au barista deux club-sandwiches au thon. Le couple qui m’accompagna durant tout le voyage… » Stop.
Lourd, long, lent et peu informatif n’est-ce-pas ?
Après HK:
« Voiture 66. En face de moi un couple. A l’œil, 60 ans qu’ils sont esclaves de la vie. A l’oreille beaucoup plus. Le ventre de l’homme gargouille. Soudain il dévore sa femme. L’enfer sur terre s’achève pour l’un d’eux. Flippé, j’abandonne mes bagages et file voiture 69. »
- Lecteur, tu as mon attention maintenant ? Bien, bien…
Il y a de la place pour que nous puissions tous nous créer une modeste enclave au cœur du monde journalistique et littéraire, entre ces deux formes extrêmes. Quelques créneaux ont déjà été brillamment exploités. Passons-en quelques uns en revue. Lire la suite »
Deux heures moins le quart après Hédi Kaddour
Posté par Hamza Hizzir dans Demain du style le 13 mars 2009
Tout à l’heure, j’ai rencontré Hédi Kaddour. Et ma vie a changé. Plutôt que de me perdre en vaines explications quant à ce phénomène quasi-paranormal, autant donner un exemple clair. Un qui parle à l’oreille et tient à la page. Un qui fait sortir de sa tête, avec une détonation, une trajectoire et un impact. Enfin, un truc dans le genre.
Aujourd’hui, à 14h25, j’ai écrit ça :
“Salut, je m’appelle Hamza. J’ai eu envie de prendre le train, alors fatalement, me voilà dans un train, mais je n’y suis pas allé n’importe comment, ça non, j’y suis allé élégamment, joyeusement et presque frénétiquement, non, pas frénétiquement en fait, je crois que ça ne veut rien dire là, enfin apparemment. Il semblerait que deux personnes âgées soient assises en face de moi, l’air de rien, discrètement quoi. Il paraît même qu’elles ont une soixantaine d’années, dans ce compartiment, mais on ne dit pas ce genre de choses habituellement, et donc pas très fréquemment. Finalement, nous voilà arrivés à la gare de Drancy, bien gentiment. Diablement intéressant, non ? Ca semble l’être, mais je ne suis sûrement pas le premier à y penser aussi fortement. Enfin bref, je divague là. Allez, j’y vais. Salut.”
Vous voyez ce que je veux dire. Il me manquait quelque chose, à l’évidence, mais je ne savais pas quoi. Maintenant, c’est limpide, mais à ce moment-là, j’étais perdu, dans le noir absolu. Heureusement, Hédi est arrivé. Et la Lumière fut.
Aujourd’hui, à 19h45, j’ai écrit ça :
“Dans le train. Assis à côté d’un couple. Une soixantaine d’années.
Lui, une tête de mort, déjà cireux mais solide encore, dans le genre nerveux et elle, très bobonne, cheveux blancs ondulés, chandail rose, robe à fleurs, et qui tricote.
Comme si c’était le comble de la férocité.
Les statistiques françaises de la mortalité par accident de la route permettent de mettre en évidence une véritable carte des zones à risques.”
Ce soir, je suis un autre homme. Un journaleux pur et dur, presque tatoué. Je travaille mes attaques, mes phrases contiennent moins de 14 mots, mes paragraphes sont des unités de sens et, tenez-vous bien, je donne à percevoir. Peut-être un jour, aurai-je la chance d’écrire un bon texte, comme Camus. Enfin, comme on dit chez nous, si Hédi le veut.